Ça fleure bon l’été : Elle, Glamour et Grazia dégainent l’article sur la traque du poil. On compare souvent la toison pubienne à un petit animal –sauvage-, alors le poil pris comme ça, individuellement, on peut bien le chasser-le-traquer-le-trouer d’une balle dans le fion ?

La vraie femme exfolie, hydrate, évite le rasoir et privilégie la cire. Elle a tout compris Esther[1], elle fait exactement tout ce qu’on lui dit, mais sur une période courte. Une semaine. Généralement celle du 14 juillet. Rien à foutre, tu peux même t’épiler les blés un par un avec les dents si ça te chante, en regardant défiler les chars, les tanks, les mecs plein de poils.

C’est quand même étonnant, cette foi préservée en ELLE, pour chaque année penser découvrir la solution miracle anti-poils, livrée là, sur un plateau, après la page confession d’Isabelle Adjani, et son secret de jeunesse très éternelle. Mais voilà, Esther a hérité de la pilosité de papa – mais pas de ses mollets et ça, c’est une chance.

Soudain, la dernière cuillère de yaourt combinée à l’encadré sur la nouvelle cire Veet poils courts à fortes racines, impose un souvenir. Paraît que ça s’appelle « réminiscence proustienne ».

C’est ta petite sœur. Nous l’appellerons « Micheline » par commodité. Esther s’est donc préparée à répondre au questionnaire sur la passion, à moucher elle-même le premier chagrin d’amour s’il le faut. Sauf que Micheline la lui fait à l’envers. Esther pensait répondre aux questions métaphysiques sur les Hommes avec des poils qui baisent les Femmes qui n’en n’ont plus, pas servir de Body Minute à domicile.

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Micheline a noté deux initiales dans son agenda : demain, à 15h30, elle perdra la sacro-sainte virginité. Micheline a rendez-vous avec É comme l’Élu. Et elle a besoin d’un maillot échancré.

Le four à micro-ondes illumine la cuisine de sa magnifique lumière orange. Ça sent le déo bon marché, mais sur le paquet il est écrit cire ylang-ylang et douceur de coton. Elle n'a jamais fait ça, Esther. Micheline s’est allongée dans la salle de bain, à poil. Elle est jolie, elle n’est pas innocente, elle a de beaux cheveux longs répartis sur le carrelage tout autour d’elle. L’aînée s’applique : elle souffle sur la cire, l’applique en gros paquets irréguliers.

On dit le maillot. Le maillot c’est la chatte. On devrait dire « Bonjour, je viens pour une chatte échancrée, s’il vous plaît », « J’ai pris rendez-vous pour une chatte intégrale, s’il vous plaît ».

« Bonjour, je viens pour une chatte échancrée, s’il vous plaît »

Le maillot, c’est mieux quand même, parce que le maillot ça cache la chatte on est tous d’accord là-dessus. Elle n'écoute pas Micheline, elle n'est pas d’humeur vocabulaire, elle se concentre sur le plafond pour oublier que sa sœur aînée lui fait mal en arrachant les bandelettes avec bonne foi et maladresse.

De quoi elle accouche Micheline ? Esther se penche, lui dit ; « on souffle », « on souffle », « ça va aller », « ça va aller ». Elle trouve ça triste quand même, Esther, qu’on programme sa première fois. Comme un déjeuner de boulot, un rendez-vous dentiste. « Tu sais c’est pas l’homme de ma vie, mais ça sera fait. »

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Tu dis rien, t’arraches. Tu contemples ta sœur, ses jambes qui frissonnent quelques dixièmes de seconde avant ton « c’est parti ! ». Tu imagines un peu, si la fille en blouse blanche et leggings de chez Body Minute commence à crier « c’est parti ! » à chaque bande ?

Tu dis rien, t’arraches. Un massacre. Mais y’a pas à dire, Micheline est moins velue.

Tu dis rien, t’arraches. Tu fais ton devoir d’aînesse.   [1] Esther c’est notre héroïne. Pas notre héroïne à tous, seulement celle de cette page. Elle mange un yaourt au lait de chèvre tout en feuilletant un magazine.