Ça commence dans le noir. Ça chuchote dans le placard. Ils ne sont pas invités. Ils vont jaillir des coulisses, débarquer sur scène. C'est maintenant. Les acteurs de l'ombre, les parias, les oubliés entrent en lumière. Act up-Paris lance sa bombe à eau rouge sang. Dans ta face, société, qui fait semblant de ne pas voir. Qui refuse de regarder en face la tragique réalité : ils sont jeunes et ils meurent par millier.

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En 1996, le SIDA a déjà tué plus de 30 000 personnes en France. Les militants, eux, sont debout depuis 1989. Ils dorment peu. Ils travaillent quand ils le peuvent encore, se réunissent souvent. Ils ont un fonctionnement de groupe précis : pas de long discours, pas d’applaudissements (on claque des doigts pour approuver), pas d'action isolée.

Il faut demander son tour de parole, s'écouter. N'oublier personne : putes, prisonniers, étrangers, gays, hétéros, toxicos, hémophiles, très jeunes et plus vieux. Ils faut rester souder, proches, se concerter, se creuser les méninges pour trouver des slogans qui claquent, se soutenir, maintenir ensemble les têtes hors de l'eau.

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Il faut vivre. Danser et jouir. Ne pas tomber dans le pathos. Surtout pas. Il faut rire. De l'humour noir : dispersez mes cendres sur les petits fours des assureurs qui se font du profit sur notre dos. Les laboratoires pharmaceutiques doivent nous entendre : nous n'avons pas la même notion du temps. Nous mourons plus vite que la mise à disposition de leurs trithérapies.

Il faut être en action, en tension. Maintenir cette tension et puis, quand on en a la force, l'attention pour l'autre. Ce sera le rôle de Nathan. S'occuper de son amoureux, être là pour lui dans les moments les plus difficiles, car il est le dernier amant. « Je suis désolé que ça tombe sur toi », lui murmure Sean.

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Malheureusement, la rigueur qu'on s'impose pour garder le cap ne sauve pas. Quand on sent qu'on va crever, la rigueur met en colère. A l'hôpital, Sean demande au plus militant de ses amis : « pourquoi t'es là ? ». Quand on s'éteint, il ne reste que la peur. Une poussière en suspension. Une vue en contre-plongée sur le fleuve qui coulera sans nous.

Le film de Robin Campillo expose les faits avec lucidité : le militantisme n'empêche pas la mort, mais il la dénonce et l'accompagne d'un amour fraternel jusqu'à la dernière minute.