Par Pibale

Les vacances sont déjà loin.

Traîne encore sur mon bureau, le numéro spécial « Sexe » du magazine musical hebdomadaire le plus connu en France (après Flutio et Traversins). Le but de la relecture est triple, comme le dit souvent un ami bourré de pétanque :

1°) M’informer, dans une sorte de quête perpétuelle et infinie de savoir.

2°) Montrer à ma future voisine de train, qui sera excessivement sexy - Cette fois-ci c’est sûr ! Il ne peut pas en être autrement ! Il n’y pas de raison que ça n’arrive qu’aux autres ! J’ai fait une offrande à Aphrodite ! Je porte mon slip fétiche ! Et puis merde ! - lui montrer donc que je suis une personne qui s’assume. Et surtout, lui offrir une bonne raison de m’aborder, car je pratique souvent la technique dite de « l’indifférence ».

3°) Montrer à ma future voisine de train, qui pourrait être moins fraîche et accueillante que prévu - Exceptionnellement ! Je n’y crois pas une seconde ! C’est temporaire c’est sûr ! Ce sera pour le voyage retour ! C’est reculer pour mieux sauter ! (tu l’as ? elle est bien hein ?) - lui montrer donc qu’en Asie les perles ne se portent pas uniquement autour du cou. J’ai toujours aimé choquer la rombière coincée. Je le mesure souvent à leur indifférence.

Targué donc de mon sésame pour le pays des fantasmes, je m’installe confortablement dans ce train. Je suis prêt, le magazine est sur la pile, elle peut arriver.

Vu que tu trépignes (n’enlève pas le « g » c’est dégoutant), je vais t’épargner le suspense en pré- fabriqué et la coupure pub : Michel vient de s’assoir.

Il a un physique bonhomme, un ventre dont la rotondité n’a d’égal que celle des yeux de feu Villeret. Il sent le mégot fraichement jeté sous les roues du TGV. Il a l’œil sympa et le cheveu rare. Nous échangeons un aimable bonjour de circonstance. Il pose son sandwich sur la table. Le trajet risque d’être un peu long. Je pense rapidement au voyage retour, et finis par m’avouer, philosophe, qu’Emmanuelle, comme les pornos, n’a rien de réaliste.

Je me lance alors dans la découverte de ce broché. L’accès est difficile… Je passe de cliché gratuitement provoc en photo sale, d’un article narrant une pratique de niche (ne va pas te méprendre, j’entends que le nombre de pratiquants est inférieur au nombre de cheveux restant sur le haut du crane de Michel) à une interview sur la énième nouvelle vague dans le porno. Je me rends compte qu’il va falloir que je mette plus que 5,90 € pour faire la décoration de mes cagoinces.

Je suis frustré, pas une ligne inspirante, attirante, où je me sente concerné…. C’est vrai, jusqu’à cet article. Lumineux. Son titre : « Sexe : Le flemmard n’a plus de cheveu ! ».

De prime abord, le titre fait penser à une de ses assertions gratuites que l’on peut trouver dans de mauvais papiers, volontiers aguicheurs mais profondément creux. Rien de cela. Ce titre un peu léger masquait au fond une enquête très approfondie, menée conjointement par les chercheurs du MIT de Boston et les étudiants de Stockholms universitet (université de Stockholm pour les monoglottes), reconnue mondialement pour la qualité des médecins qu’elle forme.

Ces chercheurs ont réussi à démontrer cliniquement un lien direct entre l’alopécie – soit l’accélération de la chute des cheveux - et les pratiques sexuelles. Rien que ça ! Mais le croustillant arrive, accroche-toi, avant il faut parler un peu méthodo.

Ces étudiants et chercheurs avaient en fait pour objectif premier de trouver un lien entre confiance en soi, densité capillaire et sexualité. Vaste sujet.

Ils ont donc ajouté aux nombreux critères traditionnellement utilisés (âge, taille, corpulence, csp, environnement, etc…), un attribut basé sur la densité capillaire. Ils ont ainsi déterminé 4 nouvelles catégories statistiques basées sur le nombre de cheveux au centimètre carré : les fournis – les normaux – les dégarnis – les chauves.

Selon les échantillons de personnes qu’ils ont utilisés, ils ont trouvé les proportions suivantes au sein de la population :

   

Parce qu’avec un graphe c’est gens-là font beaucoup plus sérieux. Ne râle pas sur les couleurs, c’est un copié collé d’un camembert scientifique.

Ils ont ensuite suivi des groupes représentatifs des populations américaines et européennes (échantillon de plus de 1 000 hommes dans chaque cas), dont ils ont analysé et suivi les pratiques sexuelles. Et, ils ont été confrontés à des résultats qui ont bouleversé leur manière d’appréhender le problème (la surprise liée aux premiers résultats est un des meilleurs moments de l’article).

Attention, c’est maintenant que ça croustille.

Ils se sont aperçus que 66% des dégarnis et 58% des chauves ont des pratiques sexuelles majoritairement dîtes « faibles » et souvent réalisées sur le dos. À l’inverse, pour les « fournis » et « normaux », ce taux est bien plus faible et tombe à 32%.

La dichotomie de ces résultats – encore un mot en 4 syllabes, je m’embrasse - les a poussés à creuser le point. Ils ont alors élaboré un processus plus long, plus complet pour avoir un protocole scientifique abouti, et ont filmés pendant près de 10 mois, via des technologies récemment développées, l’impact nanoscopique d’un coït dit dorsal sur le cuir chevelu.

Ils sont arrivés à cette conclusion incroyable, celle-là même qui te fait trembler, qui te tend comme un enfant à qui l'on refuse son verre de Whisky :

Les hommes naissent tous avec un capital capillaire certain bien qu’inégal.

La vigueur sexuelle d’un homme est directement liée à la vitesse de perte des cheveux.

Le patrimoine génétique n’est pas seul responsable de la perte de cheveux chez les hommes.

Au vu de telles conclusions, incroyables voire telluriques pour certaines, j’apprécie la documentation et le sérieux de l’étude (le passage sur les personnes en surpoids est stupéfiant). L’intensité et la diversité des pratiques sexuelles sont des facteurs clé de conservation des potentiels capillaires.

Je pose mon journal, j’ai besoin de respirer. Je regarde Michel, qui sourit gentiment, comme pour confirmer.

Est-ce que je suis bien en train de comprendre ce que je lis ? Les chauves ne sont pas prédestinés à être chauves, ils le deviennent parce qu’ils font les feignasses au plumard.

Les conséquences de cette étude sont colossales. Je pense d’abord aux femmes qui l’ignoraient jusque-là... Votre mari est chauve, votre homme se dégarnit rapidement, il y a mieux ailleurs ! (Voiture 15 – fauteuil 61).

Je pense ensuite aux bulbes blancs de mon entourage… Mais le vrai kiff c'est l’image mentale de la sexualité cossarde des chauves célèbres.

Les politiques : Chirac, Giscard, Berlusconi, Fabius, Barre, Mitterrand, Juppé, Copé…

Les connus sans histoire : Jean-Pierre Coffe, Gérard Jugnot, Jean-Pierre Bacri, Thierry Marx, Vincent Lagaf’, Fanny Ardant, Fabien Barthez…

Les sex symbols qui doivent suer en ce moment : Vin Diesel, Bruce Willis, Jason Statham, Harry Roselmack, Kelly Slater…

Je m’agite, je palpite, je frénétise. Merci les Zinc-Rock (je ne peux pas faire de pub pour un autre journal, ma rédactrice en chef me lit de temps en temps). L’expression « tiré par les cheveux » prend tout son sens. Il devient paradoxal que les chauves gardent un poil dans la main… bref, j’écris. Michel ne comprend pas mon agitation. Il tente de lire par-dessus mon épaule. Je fais des pattes de mouche pour être sûr que je sois seul à me relire.

Je t’en livre quelques-unes, tu ne payeras pas plus cher :

Paresse en levrette ? Achète une casquette

Cossard au plumard – Moumoute dans le tiroir

Coït feignant – Crâne luisant

Baise en pantoufle – poil qui s’essouffle

Les chauves ont bon dos…

Il y avait bien une source de géniales réjouissances dans ce magazine. Je reprends ma respiration… Et là je réalise.

Je réalise en regardant Michel, que, même passif, il est déjà plus actif que je ne le suis. Bravo les bulbes, bravo Michel, et merci Jacquie.