La dernière, c’est la plus charnelle, la plus chaude et la plus triste.

C’est la chambre d’adulte, je crois.

Je le crois parce qu’il y a eu toutes les autres.

J’ai dormi dans une chambre sans meubles, blanche, froide.
Avec juste cette petite vierge noire sur la table de nuit.
Seule.

Il y a eu celle des barreaux aux fenêtres. Comme si mes rêves ne pouvaient en échapper.
Pourtant, elle m’a contenue.
Elle sentait bon le sable et le pain pitta grillé au radiateur.

Une autre, surchargée de figurines en plastique et de livres colorés.
Celle-là, je m’y lovais avec respect et confiance.
Presque sur la pointe de pieds pour ne rien abîmer.

Il y a eu des mauvais lits, ceux qui laissent des marques dans le dos.
Il y a eu des chambres à habiter plus longtemps,
Leurs paysages devenant familiers.

Il y a sa chambre. La pire. Ou la meilleure peut-être.
Impossible d’y entrer sans déplacer des montagnes.
J’ai marché sur une pointe dans cette chambre. J’ai saigné.
J’ai pleuré, lui aussi, dans cette chambre.

Étrangement, celle que j’aime le plus, c’est la première.
Je me souviens de chaque fissure dans le bois du plafond.
La tapisserie désuète, rose, arlequinée.
On l’avait choisie pour moi.
Jusque dans le mobile dont la mélodie me fait encore peur.
Qu’attendait-on que je devienne en me proposant ce décor ?

Par Anouk.