Bonjour inconnu d’hier soir
Parti l’orgueil plein de ma crédulité
Sorti du bar avec le panache des adulés.
Bonjour Colorado – quel est ce nom ? – aux yeux noirs
As-tu bien dormi dans les coussins de l’enfer ?
Moi, trésor de guerre
T’envoie paître au pays des parias
Là où les branleurs passent pour des maquisards
Où les bradeurs de bonheur sont d’anciens taulards.
Qui es-tu pour me sortir de ma précieuse quiétude ?
Cultivée dans la cendre de mes amants, chouchoutée avec la dévotion d’un parent ?
Qui es-tu pour marchander la séduction comme un vendeur de mouches ?
Qui es-tu pour tourner les pages de mon histoire ? Brader le lyrisme de mes pas ?
Me saouler de jus abatteur de pudeur ? Me regarder confondre mes humeurs ?
Me dire que je suis belle, sous cape
Pour livrer le secret du monde à la blanche colombe.
Pauvre répéteur à voix basse que je vois venir de loin avec ses maigres soins
Que je vois venir si bien qu’il va me séduire.
Pauvre brouillon d’exécution qui va s’en sortir.
Qui va me rendre gourde et permissive, approximative et prévisible
Me prendre par la taille, me retenir
Admirer ma tenue, mon accent, mes vertus et prendre un taxi, seul. Prendre un taxi seul.
Sans même inviter ma capitulation à l’arrière.
Bonjour petit con sûr de lui
Bonjour à ta mère, aussi
Honteuse d’avoir mis au monde un cracheur aux lèvres en forme de cœur
Aux sens dépourvus de rigueur, à l’haleine chaude des corps abusifs.
Bonjour fils indigne
Va remonter le courant des fleuves du Méandre
Va loin de mon désarroi bon marché
Souffrance des filles à moitié attrapée.
Va Colorado,
Va digérer ta soupe de nuages
Elle m’est restée sur le ventre comme une copine menteuse
Ancre de paquebot entre mes reins, vicieuse tourneuse de couteau aquilin.