Deux films européens de quarantenaires se disputent la palme de la violence à l'affiche ce mois-ci : Le sacrifice du cerf sacré, du Grec Yórgos Lánthimos (Canine, The Lobster) et A beautiful Day de la British Lynne Ramsey (Let’s talk about Kevin). Pour le premier, le recours à la brutalité semble fortuit, pour le second, il est une arme de sublimation.

Dans Le sacrifice du cerf sacré, Nicole Kidman et Colin Farrel incarnent le couple américain parfait : enfants obéissants, villa, Toyota... Une relation de chantage avec le fils d’un patient décédé, perturbe cet équilibre. Le couple devient alors le joujou sadique de l’adolescent (et celui du réalisateur).

Les efforts burlesques de Lánthimos sont autant d’amortisseurs aux coups portés aux yeux des spectateurs. Le réalisateur les justifie par la citation : Bunuel, Kubrick… Mais n’est pas Tarantino qui veut. Ici, l'humour noir ne permet pas de désamorcer la gratuité de la violence.

Dans ce combat vicieux, sorte de défouloir idéologique, Lánthimos ne ménage pas d’espace, de nuance. Aucun ailleurs n’est possible que le suspens du prétendu maléfice. En torturant l’Amérique bienpensante à coups de chalumaux, le cinéaste grec offre une leçon de morale périmée.

Apparemment, la violence peut aussi être une catharsis au manque d’inspiration.

Sur d’autres rives de l’horreur, Lynne Ramsey livre un personnage de tueur à gage massif et taiseux, vivant chez sa mère. Joaquin Phoenix prend les traits de Joe, animal sensible recroquevillé dans l’anonymat, qui ne connaît comme douceur que les bonbons de son commanditaire de meurtres.

A Beautiful Day plonge, subtilement, dans l’intime chamboulé et opaque de cet homme perdu. L’observation de l’atroce est restituée à travers sa psyché. La violence canalisée de ce cinéma maîtrisé, permet une réflexion sur les ressorts du « mal ».

En esthétisant le sanguinolent, la réalisatrice montre que la violence n’est qu’un prisme, une manière de voir le réel. Un romantisme même. Une rime, au poème de la souffrance.

La très belle scène de l’enterrement dans l’océan, oppose au chaos, la beauté du rituel. L’agonie est traitée comme un héritage. Le courage, un témoignage.

A Beautiful Day est une alerte intérieure. La cinéaste tient son film jusqu’au bout, trouvant un rythme, une cadence pour la souffrance de Joe.

C’est finalement de la question du lien aux autres dont il est question dans ce magnifique quatrième long-métrage boudé par la critique.

Une fois sa mère perdue, Joe erre à la recherche d’un ancrage. La jeune Nina qu’il a sauvée est une possibilité de lien. Lui tendra-t-elle la main ?

Seul, assis devant le lit de son bourreau, Joe pleure le vide. Si la nécessité de venger le quitte, que devient-il ?