Si la France, fin 2017 a perdu son plus beau vociférateur à carburation éthylique, l'Islande, en ce début 2018, pleure dans une quasi-indifférence polie, un de ses plus talentueux compositeurs.

Johann Johannsson, né à Reik...Reijkj...Rékkj...dans la capitale islandaise en 1969, a été retrouvé dans son hôtel début Février aussi froid que les steppes arides de son magnifique pays. Les circonstances de sa mort ne sont toujours pas identifiées (j'ai toujours rêvé d'écrire ça).

Dans sa prime jeunesse insulaire, il fourbit ses premières armes en fondant à la fin du siècle dernier Kitchen Motors, un geyser bouillonnant où musiques, arts, littératures se croisent, un think tank qui eut pour fonction salvatrice d'opérer une ouverture d'esprit sur l'approche de ses compositions.

D'abord versé dans l'expérimentation à tendance ambiant avec son collectif (voir ou plutôt écouter les compilations Motorlab), Jo-Jo s'affranchit ensuite de ses congénères pour composer une musique plus accessible mais toujours très organique et hypnotique comme en témoigne ce somptueux morceau de 2006, année où il signe d'ailleurs chez un label à renommée internationale (4AD le label des cocteau twins ou des Pixies entre autres) :

"The sun's gone dim and the sky turned black", morceau post apocalyptique inspirant une sieste en transat sur une plage de cendre en admirant les belles couleurs du champignon atomique à l'horizon. Ce morceau parut sur l'album "IBM 1401 , A User's Manual", album qui a par ailleurs l'étonnante particularité d'être un "hommage" à l'ordinateur IBM 1401 machine mythique des années 60 que l'on pouvait louer 1450 dollars par mois (le prix moyen de 2 voitures à l'époque) rien que pour le plaisir de pouvoir faire 193000 additions de 8 chiffres à la minute.

La semaine prochaine nous vous parlerons du gars qui a écrit une trilogie en vers sur les friteuses SEB.

   

Il n'empêche que cet effort très réussi attira l'œil de quelques cinéastes d'outre-Islande, avec pour point d'orgue cette rencontre opportune avec Denis Villeneuve, le réalisateur canadien avec lequel il collaborera 3 fois mais aussi avec James Marsh pour "Une merveilleuse histoire du temps", ou plus récemment avec Garth Davis pour "Marie Madeleine".

Denis Villeneuve, pour revenir à lui, donna même à "double J" une totale carte blanche pour la bande originale du film "Premier Contact". Le résultat en a été magistral tant les orchestrations collèrent parfaitement au climat tendu et compliqué de cet excellent long-métrage. Captivé par le film on se laisse porter par les compositions qui nous paraissent idoines aux situations et faciles d'écoute alors qu'en fait elles se révèlent très expérimentales. Une alchimie parfaite, morriconienne.

   

Johansson exacerbe sur cette BO son obsession d'assimiler les silences, l'aridité sonore comme partie intégrante d'une œuvre. De son propre aveu, le plus gros grief qu'il portait à la musique actuelle était cette saturation de notes, ce mur du son (pourtant cher à d'autres compositeurs) qui au final dénature et tronque les émotions de l'auditeur. Sous les flots assourdissants de cordes, d'instruments Jiji nous réfugie sous une cascade.

Villeneuve pour la BO de Blade Runner lui avait préféré Hans Zimmer et l'on se plait à imaginer que Johansson aurait peut-être pu faire passer plus facilement les quelques lourdeurs des 2h47 du film en humanisant l'implacable androïde de par ses expérimentations fragiles...

 

Ici, ma playlist.   En Bonus : son passage à KEXP :