Secrets de famille

Fin de Becquée

Tu le sais.
Tu le sais depuis le premier instant.
Tu sais du départ qu’il va partir.
Que ton travail va justement consister à ce
qu’il parte du mieux possible. Tu le sais, mais
forcément tu oublies. Pas que ça à faire d’y
penser. Trop d’agitations. Parce qu’il y a toutes
ces phases qui s’enchaînent, simultanément
en traînassant et à la vitesse de l’éclair.
Comme la première fois où tu lui achètes
des chaussures et que ça te fait rire, tellement
c’est improbable des pointures comme ça,
à part pour les poupées, ça existe même pas
ces mini pompes. Jusqu’au jour où tu lui
achètes des bottes à talon, qui coûtent un œil
et qui embaument sa chambre.
La première fois où tu le laisses à la crèche,
puis à l’école, où tu signes Maman. La première
lettre que tu lui envoies en classe verte.
Puis tu assistes à la dernière kermesse
du primaire. Au collège, tu commences
à t’effacer, et c’est pas imperceptible puisqu’il
n’a plus envie que ses copains te voient avec
lui, ça te rend dingue. Le premier jour du stage
d’observation, en lui souhaitant du courage
devant la porte du bureau qui l’attend, ça te
fait la même impression de joie, de tristesse et
d’inquiétude mélangées, qu’au premier matin
de la crèche. Tu l’aides à se saper comme
jamais pour sa première soirée. Tu vas aux
conseils de classe, aux salons de l’étudiant,
prépares du poisson pendant les révisions,
pétoches autant que lui quand il part au bac
et ne tiens plus en place avant les résultats.
Dans cet accompagnement là, tu fais chaque
fois des trucs incroyablement rigolos qui
te rappellent combien pour toi aussi ça
a compté au même âge.


La suite ici :

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