Secrets de famille

Quand Papa prenait son bain

Nombreux sont les romans dont l’intrigue repose sur un secret de famille.

Insoupçonné, indicible et trop lourd à porter, le secret de famille est un dédale romanesque.

Il va se tordre dans la mémoire et l’inconscient, se nicher dans le désir d’affrontement.

Les sinueuses histoires de famille passionnent toujours autant les plumes torturées.
« Quand papa prenait son bain… je ne sais pas si vous vous rappelez, mais papa était un maniaque de la propreté.

Il emmenait Linda et moi dans son bureau.

Il verrouillait la porte, baissait les persiennes et allumait une jolie petite lampe.

Il nous allongeait sur la banquette verte et il nous violait… ».

Ainsi parle Christian le personnage de Festen, le film emblématique du secret de famille, du cinéaste danois Vinterberg.

Non-dits, silences, faux semblants, traumatismes encryptés, le secret de famille engendre des symptômes psychologiques incompris sur des générations successives.
Il est à la fois ce qui est caché et ce qui révèle le mystère, ce qui n’existe pleinement qu’au moment où il disparaît.

Il est de ce fait indissociable du récit de sa révélation.

Les récits de malédictions transgénérationnelles sont nombreux dans la Bible et la mythologie greco-latine.

Les Atrides, dont le destin est marqué par le meurtre, le parricide, l’infanticide et l’inceste, soulignent le questionnement humain sur la filiation, le rapport au père, la procréation, et montrent également la transmission d’une culpabilité, d’une faute.
Dans le roman de Maupassant Pierre et Jean, le testament inattendu d’un ami de la famille fera exploser la rivalité latente des deux frères.
Pour quelle raison l’héritage va-t-il tout entier au placide Jean et non à Pierre le tourmenté ?
Pierre, de questions en questions, de colère en colère, renouvelle la prise de conscience d’un
Hamlet, d’un Oedipe : la normalité, la respectabilité de sa famille n’est qu’une façade.

La mère au-dessus de tout soupçon est une femme adultère. Jean est le fils adultérin, c’est à cela qu’il doit sa fortune.

Autour de Pierre, l’enfant légitime, dévoré par la jalousie, le monde vole en éclats.
Il devra fuir au loin, disparaître.

Un secret de famille n’est pas seulement quelque chose qu’on ne dit pas. Il ne porte pas seulement
sur un contenu caché, mais aussi sur un interdit de comprendre le secret.
« Fils unique, j’ai longtemps eu un frère ».
C’est sur cette phrase laconique et ambiguë que s’ouvre le livre de Philippe Grimbert Un secret.
Le narrateur, enfant, s’imagine un double, compagnon de jeux, doué des qualités et aptitudes
physiques qui lui font si cruellement défaut.
Il imagine aussi l’idylle de ses parents Tania et Maxime, tous deux beaux forts et athlétiques. Ici c’est d’abord dans le nom que prend racine le secret, celui d’une judéité refoulée.
Deux lettres ont effacé du nom de famille les traces de l’origine juive, transformant Grinberg en Grimbert désormais lavé de ses deux lettres N et G, porteuses de mort.

Et puis Louise l’amie, la confidente, va raconter…

La suite ici :

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