Lettres de famille

Courte échelle

Il faut dire que je n’ai pas écrit depuis longtemps. J’étais occupée à faire des nœuds aux lacets
des voisins. J’avais peur qu’un trottoir ne les emporte et qu’après, je n’entende plus parler d’eux.
C’est qu’un jour Beckett est venu se glisser dans mes chaussettes. Fini le temps des étangs, des nuits
blanches aux cimes des pins, finies les cavalcades de gamins.
Le ciel m’est tombé, et mes parents s’en sont allés. Apparemment, ils avaient des choses à régler.
Alors, avec quelques unes, on s’est fait la courte échelle.
La grande s’usait dans ses départs, les petites n’ont jamais démarré.
Mais chacune est tombée ou a vu tomber. Et le temps des câlins est devenu parfum.
La mine ragaillardie par la pluie, je me suis accordée un blond. Peu importe son nom, il avait
des reins de géant. On aurait pu faire des bonds sur ses pieds de plomb. Je lui tournais autour comme
pour le prévenir, le ciel est tombé, le ciel est tombé ! Lui, ne voyait que mon dos et sa ligne de vie.
Quand le ciel te tombe, tu perds un peu la tête. Tu te rapproches de ceux qui savent. Et figure-toi,

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