Secrets de famille

L’éternel cannibalisme des cueilleurs de moules

La famille, chez Bruno Dumont, réalisateur et scénariste.


Dans ses travaux Ptit Quinquin et Ma Loute, Bruno Dumont semble avoir trouvé un nouveau langage cinématographique.

Son style, abstrait, noir et régional, s’est ouvert à la lumière de la fantaisie familiale. La recette, assez unique, est celle de pittoresques farces policières.
Dans un petit village de pêcheurs sur la Côte d’Opale, plusieurs disparitions attirent l’attention de deux policiers un peu largués, sortes de Laurel et Hardy ch’tits.

Leur enquête avance – ou plutôt recule – au contact de deux familles aussi dégénérées l’une que l’autres : les Brufort, passeurs et pêcheurs de moules, et les Van Peteghem, riches bourgeois nichés sur les auteurs de la baie.

Dans cet entre-soi moribond, deux jeunes gens tombent amoureux : Billie la fille androgyne des Van Peteghem et Ma Loute, le fils des Brufort.
Les gueules cassées de ce bout de terre confient à la caméra leurs dents noires, leurs oreilles décollées. Entre deux silences penauds, ils hurlent un patois.

À côté de ces authentiques acteurs anonymes, pliés sur eux-même, raccourcis par leur bouffonnerie,
devisent les acteurs-stars.
Le cinéaste fait en effet appel à Luchini, Binoche et Bruni-Tedeschi (une première dans son tableau de chasse), pour incarner la famille bourgeoise.

Le parisianisme académique est ici transposé en snobisme provincial. Si l’auto-dérision est réjouissante, l’exercice de «Luchini joue d’Dumont»semble quelque peu forcé.

Une certaine boursoufflure, au-delà des critères de la farce, plafonne l’énergie.
Néanmoins, une des forces de Ma Loute, est de joindre la farce au naturalisme.

Elle intervient notamment dans le traitement des corps qui tombent sans cesse, roulent, s’envolent.

Le burlesque permet au cinéaste de rappeler l’apesanteur, la force tellurienne,
le poids de vivre.

A l’inverse, les scènes de vol détendent le rapport d’échelle et ouvrent l’horizon.
Car dans Ma Loute tout est dualité, même si rien ne l’emporte : le ciel et la terre, le bien et le mal, les riches et les pauvres.

La suite ici :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Follow by Email
Facebook
Instagram